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L'Afghanistan, terre de mission
Une lettre de Bastien Leclerc
Récits de vie
3 juillet 2009

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par Bastien Leclerc, ptre

Bonjour à tous,

Je sais que j’ai retardé longtemps, mais voilà : je ne savais par où commencer. Dans le fond, je ne le sais toujours pas. Mais je prends cependant le temps d’écrire ces quelques lignes pour vous donner des nouvelles de mon expérience.

Loops for troups - Photo prise lors d'une levée de fondsAprès une période d’entraînement qui a commencé au mois d’août jusqu’à la mi-décembre, j’ai eu la chance de passer le temps des Fêtes avec ma famille. Ce n’est pas souvent le cas pour moi. Vous le savez, les célébrations de Noël nous prennent tous beaucoup de temps. Cela m’a permis d’aller rencontrer Mgr St-Gelais avant de partir. Je lui avais demandé une faveur : pouvoir célébrer l’Eucharistie ensemble avant que je parte. Il a accepté. Nous avons donc vécu une belle rencontre qui s’est terminée sur le partage de la Parole et du Corps et du Sang du Christ. C’est vers la mi-février que j’ai été déployé avec les autres membres de mon unité : le Quartier Général de la Force Opérationnelle Interarmée en Afghanistan.

Je suis ici depuis le 12 février. L’ajustement s’est fait sans grands heurts. Le plus difficile fut sans doute de trouver un rythme de vie qui me permettra de durer pour le temps du tour, un tour de 9 mois. Trouver ce rythme est nécessaire. On nous l’a répété tant de fois : ce n’est pas un sprint, c’est un marathon.

Non, je ne sais que dire. La mission avance, mais elle est mise en doute chez nous toutes les fois que nous perdons un soldat ou qu’un autre se fait blesser gravement, que ce soit physiquement ou psychologiquement. C’est normal, particulièrement après que les médias aient rapporté une déclaration d’un commandant au sujet de nos chances de victoire. La vérité, c’est que ce n’est pas à nous de gagner cette guerre : c’est à la population afghane elle-même. Et sa police et son armée progressent sans cesse sous le mentorat de la coalition où les soldats canadiens jouent un rôle de premier plan. Moi, ce qui me recentre et me fais comprendre l’importance de cette mission, c’est quand je me rends au Rôle 3 (l’hôpital du camp) et que je visite les gens. Il n’y a pas que des soldats dans cet hôpital. Il y a des gens qui vivent ici, et des enfants. Des enfants souvent mutilés par la guerre, parce qu’ils ont eu le malheur de mettre le pied au mauvais endroit, ou parce que leur père a refusé de faire ce que les insurgés leur ont ordonné de faire. Je ne décrirai pas ce que j’ai vu. Mais j’en ai vu assez pour pouvoir affirmer que je n’en peux plus d’entendre dire qu’on n’a rien à faire ici. Et, à part quelques exceptions, les soldats qui sont ici disent la même chose. Car eux aussi, ils ont vu. Et ils en ont vu encore plus que moi. Je l’ai dit l’an dernier et je le maintiens : il y a des chiens chez nous qui sont mieux traités que des gens d’ici. Désolé, je n’arrive pas à trouver ça normal, je n’arrive pas à accepter ça, et je n’arrive pas non plus à ce qu’on se contente de dire : c’est leur problème. Et je suis convaincu que les personnes qui critiquent ce que nous faisons en ce moment sont les mêmes qui nous critiqueraient si nous n’avions rien fait et qu’un désastre s’était produit à cause de notre inaction. Ce qui fait le plus de torts, c’est l’ignorance crasse : on ne sait pas et on ne veut pas savoir. Mais passons à autre chose.

Il y a beaucoup de visites à faire. Il m’est souvent difficile de coordonner mes déplacements entre toute la partie administrative et les demandes pastorales. Il est de mon devoir de visiter les troupes et mes aumôniers. Car je suis leur leader. C’est moi le chef de l’équipe. Je vous le dis tout de suite, j’ai une excellente équipe. Ils sont généreux de leur temps et de leur personne. Ils prennent soin de leurs soldats avec une ardeur et une volonté pastorale peu commune. Mais il est difficile de les avoir tous ensemble dans un même endroit. Je vais vous surprendre en disant cela, mais je le dis quand même : depuis que j’ai la charge de superviser d’autres aumôniers, je commence à comprendre le casse-tête que ça doit être pour un évêque, parfois. Lors de la visite de l’aumônier général ici à Kandahar, ce dernier a employé une image que nous, pasteurs, sommes à même de comprendre : « essayer de rassembler des aumôniers, c’est comme essayer de rassembler des chats en un seul troupeau » (gathering chaplains together is like herding cats). Ce n’est pas comme des moutons : en fin de compte, ils vont où ils veulent ou plutôt où ils sont requis.

Je vous donne un lien pour connaître mieux ce que nous faisons ici : www.afghanistan.gc.ca . C’est une chose de dire que l’on ne veut pas savoir, aussi faut-il fournir les outils nécessaires.

À la prochaine!

Saviez-vous que...
Le diocèse militaire du Canada a fourni à tous les évêques du Canada des intentions de prières universelles pour les soldats canadiens déployés en Afghanistan?


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