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Sur le chemin de l’amour de l’autre sans condition
pâques 2010
11 avril 2010

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par Claire Pariseau

La Vie de Pâques se manifeste en toutes sortes de circonstances. Mme Claire Pariseau, animatrice de pastorale en Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) depuis maintenant presque six ans en fait l’expérience concrète quand elle accompagne des personnes en fin de vie. En ce deuxième dimanche de Pâques, elle nous fait part de cette Vie qui jaillit parfois de façon surprenante.

2e récit :

Sur le chemin de l’amour de l’autre sans condition

Une autre résidente demeure depuis plusieurs années en CHSLD, et cela ne lui plaît pas. Mme est un « cas lourd »... Lors de notre première rencontre, je me présente comme l’animatrice de pastorale. Elle me toise puis dit d’un ton narquois : « Ouin… Moi, la pastorale, je veux rien savoir de ça… Mais, toi, si tu veux venir me voir, c’est correct. »  Avec le temps, nous nous sommes apprivoisées. Mme m’accueille avec agrément. Au cours de nos rencontres amicales, elle relate différents événements de sa vie marquée par le deuil et la tristesse. En ma présence, elle se remémore aussi de beaux moments de son passé lointain. Je l’écoute longuement.

Sur le chemin de l'amour sans conditionLes années passent. Puis, un jour, sa santé se détériore rapidement. Un matin, l’infirmière me dit : « Mme est en soins palliatifs depuis quelques jours, elle n’en a pas pour très longtemps… aujourd’hui ou demain peut-être… Elle m’a dit qu’elle avait peur de mourir toute seule. » J’avise l’infirmière que je consacrerai davantage de temps à Mme aujourd’hui. L’infirmière me répond : « Je ne sais vraiment pas ce que tu pourras faire pour elle, elle ne croit en rien! »  Je sais cela, mais même les incroyants ont des valeurs qu’ils aiment partager avec quelqu’un qui les respecte. Je visite Mme. Elle est éveillée et me regarde, manifestement contente de me voir. Je lui prends la main en lui rappelant combien elle est importante à mes yeux ainsi qu’à ceux du personnel soignant. Je lui dis que nous allons veiller spécialement sur elle. Je reste avec elle en lui adressant de bonnes paroles. Avant de la quitter, je lui demande ce qu’elle aimerait que je fasse pour elle afin de lui faire plaisir aujourd’hui. Elle répond sans hésiter : « Viens me voir. » J’assure Mme qu’elle est ma priorité et que je passerai la voir régulièrement. Elle sourit, elle a appris à me faire confiance. Pendant cette journée, je vais voir Mme à plusieurs reprises, mais elle sommeille, je ne la réveille pas. En fin d’après-midi, juste avant mon départ, je vais voir Mme une dernière fois. Elle est éveillée. Je lui prends la main et lui répète l’estime que nous avons pour elle. Mme sourit et dit : « T’es ben fine… tu m’as pas oubliée… ch’ t’aime. » Nous demeurons ainsi en nous regardant sans rien dire, mais toute l’affection construite au cours des années passe dans nos yeux.

Mme est décédée en fin de soirée en compagnie de quatre membres du personnel. À cette nouvelle, je suis dans la joie : Mme est décédée en étant assistée de personnes qui prenaient soin d’elle depuis longtemps. Je me rappelle la manière dont elle me regardait ce jour-là. Je sais que malgré, ou plutôt, à cause de nos divergences de point de vue, Mme m’a accompagnée sur le chemin de l’amour de l’autre sans condition, de l’amour qui réunit tous les humains.

« Ce que je vous commande c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15, 17).


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